80ème anniversaire de la victoire de Bir-Hakeim, Libye, 27 mai-11 juin 1942 – Episode 3/10

Par Guy Crissin,

VERS BIR HAKEIM (suite).


De part et d’autre, les batailles de chars sont conduites avec une violence inouïe, le « pas de quartier » est d’usage, les combattants Italiens de la division Ariete sont décimés autour de Bir-el-Gobi. Tobrouk change deux fois de main, le dernier mot restant au général Cunningham. Les bulletins journaliers des deux commandants en chef allemand et britannique annoncent des destructions de masse, des centaines de chars et de lourdes pertes humaines. À Sidi Rezegh la 21e Panzer soutenue par l’efficace artillerie de 88 mm (appelée acht-acht), met à mal plus d’une centaine de chars Crusader et Mathilda ; la bataille pour Agedabia terminée en décembre, l’opération Crusader fléchissant, le temps est venu de faire les comptes ; ils sont rudes : des hécatombes de fantassins, des pertes de chars, 800 pour les Britanniques et 340 pour l’Axe.
Effroyable comptabilité qui fait rompre les commandants opérationnels épuisés par les combats quotidiens sur de longues distances ; Cunningham qui veut arrêter son avancée est sitôt limogé et relevé par Ritchie, quant à Rommel, contre toute attente, il ordonne la retraite, la DAK avec le sixième restant de ses chars, 40 sur 250, a épuisé ses munitions qui ne seront pas renouvelées. Alors plutôt que le combat ultime, comme le veut Hitler, il prend sur lui d’ordonner le sauvetage des blindés.


Dès la fin de l’Opération Crusader, La forme du combat change de part et d’autre, ce ne sont alors que des accrochages menés par des groupes retardateurs qui confortent des retraits ou renforcent des points défense. Au début janvier 1942, la route littorale de la Cyrénaïque est conquise jusqu’à Mersa el Brega mais plus en avant, Ritchie ne peut pas enfoncer El Agheila, la porte qui garde la Tripolitaine. Rommel derrière ses marais salants n’est pas vaincu et conserve du potentiel de manoeuvre. Il est simplement revenu s’accrocher à son point de départ d’il y a un an, justement là où il sait que l’étirement du train logistique britannique fait devenir l’armée de Ritchie inopérationnelle.
Pendant toute la campagne la Luftwaffe a organisé une centaine de sorties par jour, parfois jusqu’à 200.
Pour un effectif de 190 avions c’est plutôt modeste ! Mais Rommel sait que les difficultés de maintenance des moteurs et mécanismes divers, à ciel ouvert, sont causées essentiellement par la poussière et le sable et par-dessus tout, à la pénurie récurrente d’essence.
En prévision de la prochaine offensive, la Luft flotte 2 du maréchal Kesselring a été affectée en Sicile. Il exerce son commandement sur le corps aérien II (basé en Sicile), le corps X (basé en Grèce et en Crête) et enfin la flottille Afrika (basée en Libye), placée sous la direction du général Stefan Frölich.
Dans l’esprit de Rommel, la Luftwaffe doit faire office d’artillerie aérienne tout comme sa composante terrestre la Flak, si efficace dans la lutte antichar. Le refus de Frölich de n’être qu’un soutien permanent à la DAK – ce n’est pas la mission principale qu’il a reçue en mars 41 – génère pour longtemps une forte animosité entre les deux patrons à commandements séparés et qui vont souvent agir comme tel.
La chance de Rommel lui sourit à nouveau, peu avant son arrivée, un convoi maritime italien a réussi à forcer le blocus anglais devant Tripoli, rare exploit de 6 cargos qui lui offrent l’occasion de conforter son potentiel offensif de 120 chars puis naturellement de repartir à l’assaut de Tobrouk.


Le 12 janvier, à plus de 1000 Km de là, en Egypte, les Français Libres qui cantonnaient à Daba où ils avaient tâté l’expérience alliée du déplacement et du combat dans le désert africain, reçoivent l’ordre de la VIIIe armée de faire route vers Marsa Matrouh, en empruntant la route côtière nommée par dérision bien française, la « Promenade des Anglais ».
Les nids de défense retardateurs laissés par Rommel à Bardia et à Sollum ont capitulé. Reste à s’emparer d’Halfaya et son col, ce sera la mission du général Koenig à la suite des bombardements du groupe aérien Bretagne et Lorraine, et des artilleurs du 1e RA.

Le 19, cette prise de vive force pourtant bien préparée et sur le point d’aboutir, tourne court, les artilleurs du commandant Laurent-Champrosay en position de tir, voient stupéfaits la garnison italo-allemande du général de Georgis se rendre en rangs serrés.


La prochaine mission des Français ne tarde pas à venir, ils empruntent la piste Capuzzo qui doit les mener à Derna, au nord de la Cyrénaïque. Pas directement ! Une tempête de sable soulevée par le ghibli – nom local du sirocco – force la longue colonne de véhicules à ralentir. La visibilité rapidement devenue proche de zéro, les véhicules font une halte à El Adem, près de la piste d’aviation.

Canon 75 porté, bricolé
Prise de position
Vers Sidi Rezegh
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