La bataille de Bir Hakeim (Libye italienne) – 27 mai 1942 au 11 juin 1942, épisode 2

Vers Bir-Hakeim (suite)

Par monsieur Guy Crissin

Ces entreprises non classiques mêlées de mascarades, ne sont pas du goût du général Gariboldi qui a remplacé le maréchal Graziani aux fonctions de commandant en chef et de gouverneur de la Libye ; Bien sûr Rommel n’en fait qu’à sa tête mais la bonne fortune lui sourit et en 3 mois seulement, il a repoussé Wavell de 1000 Km, jusqu’à Marsa Matrouh et s’est même payé le luxe de capturer quatre généraux dont son vis-à-vis O’Connor. Sa guerre de conquête est victorieuse au-delà des espérances, malgré les pertes en hommes, en matériels et la fragilité de son train logistique qui a bien du mal à renouveler les chars perdus et les munitions épuisées. Jusqu’ici, il a échoué sur un seul point, mais c’est un point capital : la prise du port de Tobrouk où la forte garnison sud-africaine est restée maîtresse du terrain.

À l’automne, Rommel est à la frontière d’Égypte, toujours théoriquement soumis au commandement italien. Le Renard du Désert conduit la manœuvre du Panzergruppe Afrika formé de la DAK (Deutsch Afrika Korps) commandée par le général de blindés Crüwell, forte de la 15e et 21e Panzer, et de la 90e Légère (l’ancienne 5e Légère renforcée), du 21e corps italien du général Navarini (divisions Bolognia, Pavia, Brescia et quelques éléments de la Sabratha) et d’un corps de manœuvre formé des divisions Trento, Brescia et Bologna.

Rommel a verrouillé les points clés de l’Est de la Cyrénaïque : Crüwell garde la via Balbia entre Tobrouk et Bardia ; Gambara garde la piste El Abd entre Bir Hakeim et Bir el Gobi ; Navarini continue le siège de Tobrouk, De Georgis qui commande la division Savona défend le port de Sollum et les passes d’Halfaya. Loin de ses bases arrière et sans un port de ravitaillement proche de lui, Rommel ne peut aller plus loin que Bardia à la frontière égyptienne ; pour faire l’ultime saut de 700 Km vers Suez il doit d’abord prendre Tobrouk, seul port en eau profonde entre l’Égypte et la Tunisie.

Mais laisser les Britanniques sur ses arrières, c’est mettre les garnisons de Bardia et Sollum en danger de mort et exposer son corps expéditionnaire à des attaques à revers.

L’existence et l’efficience du Panzergruppe est tributaire de la régularité et de l’abondance de son ravitaillement qui lui-même dépend de l’issue de la bataille aéronavale anglo-italienne en Méditerranée. Et là, pour ce coup, Rommel est entre les mains des marins italiens, de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica qui ne parviennent pas à assurer ensemble, la sûreté de l’approvisionnement mensuel de 120 000 tonnes environ. En novembre un convoi salvateur italien de 80 000 tonnes a été attaqué en mer, au canon et à la torpille, seules 30 000 tonnes arriveront au port de Tripoli parsemé d’épaves. Ces cargaisons devaient soutenir l’attaque décisive de Tobrouk prévue ce 23 novembre.

Le 18 au matin, quelle surprise pour l’état-major du Panzergruppe Afrika d’apprendre que d’énormes nuages de poussière s’élèvent du côté de l’orient annonçant non pas le vent Ghibli mais probablement une force mobile imposante en mouvement : le général britannique Auchinleck vient de lancer l’opération Crusader du nom des 750 chars Crusader qui la soutiennent. Ni la « bonne source » (die gute quelle), ni les « sonnettes » du capitaine Alfred Seebohm – oreilles et yeux de Rommel sur la ligne de front – n’ont rien annoncé ? Régulièrement, au rythme des vacations télégraphistes de l’Ambassade américaine au Caire, le commandant du Panzergruppe reçevait un aperçu des positions ennemies et parfois goûtait aux appréciations sur des faiblesses constatées de la VIIIe armée britannique. Sa « bonne source » a pour origine, le service du colonel Fellers, observateur américain au Caire dont le code de chiffrement – le code noir – avait été photographié à Rome en septembre, au cours d’un « casse » organisé à l’ambassade US, par les services secrets italiens et percé peu après, pour le plus grand bien tactique des Italiens et des Allemands.

Le bataillon 621 que commande Seebohm est une unité mobile de renseignement de la force allemande qui sillonne le champ de bataille à la recherche d’informations opérationnelles pour son état-major.

La propension d’Erwin Rommel à tout réussir, agaçante, avait finalement décidé l’état-major d’Auchinleck à le faire enlever par les forces spéciales du désert (le Long Range Desert Group – le fameux LRDG). Dans la nuit du 16 au 17 novembre, l’opération Flipper, débarquait 40 hommes à l’aide des sous-marins Torbay et Talisman sur la côte de Beda-Littoria, lieu repéré du poste de commandement allemand. L’accrochage fut sévère, il coûta la vie à 6 gardes allemands mais la quasitotalité du commando britannique y passa.

Rommel n’était pas là et ce n’était pas son PC !





Auchinleck Crusader
ROMMEL Ghibli
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