La bataille de Bir Hakeim (Libye italienne) – 27 mai 1942 – 11 juin 1942

Ce récit historique est écrit en 10 pages-épisodes par monsieur Guy Crissin, écrivain d’histoire, pour commémorer le 80ème anniversaire de la bataille de Bir-Hakeim, première victoire éclatante des soldats de la France Libre et marqueur du début de la défaite italo-allemande en Afrique. L’Afrique, continent clé, où les forces françaises débarquent en 1940 dans l’optique de reconquête voulue par de Gaulle. Il aura fallu quasiment deux années pour traverser le continent et susciter l’adhésion des Etats, Ce récit nous conduira au long des prochaines semaines jusqu’à la cérémonie de la commémoration de la « sortie de vive force », le 11 juin 2022 au fort Montbarey de Brest, en la mémoire des Finistériens qui se sont illustrés, voire sacrifiés, dans ce combat.

« La nation a tressailli de fierté en apprenant ce qu’ont fait ses soldats à Bir-Hakeim … » Général de Gaulle https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00412/l-epopee-des-francais-a-bir-hakeim.html

Récit historique – 80èmecommémoration de la bataille de Bir Hakeim / page 1 sur 10

VERS BIR HAKEIM

Le général Rommel à la manœuvre du champ de bataille en Marmarique.

À la fin de l’hiver, en février 1941, le général Erwin Rommel atterrit à Castel Benito, au sud de Tripoli. Porteur d’une lettre de commandement signée par le maréchal Walther von Brauchitsch, commandant l‘armée de terre allemande, le général de blindés a été nommé à la tête du Deutsches Afrika Korps (DAK), corps expéditionnaire de création récente et formé – pour l’instant – de deux divisions motorisées, la 5e Leichte (Légère) et la 15e Panzer (Blindée), en partance d’Europe. Pour répondre à la demande pressante de Benito Mussolini, ces divisions sont attendues, à la fin de ce premier trimestre en Libye où elles prêteront main forte à la 10e armée italienne en retraite. Chassés jusqu’à El Agheila par les tommies de la VIIIe armée britannique, les Italiens sont sans ressort derrière la « Marble Arch », arc de triomphe, symbole de 37m de haut à la gloire de la colonisation italienne. Le monument marque la frontière entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine.

Pour faire bonne mesure, la directive précise que Rommel assumera aussi le commandement opérationnel des chars italiens Fiat M13 et M14.

Mener le combat sur cette portion d’Afrique est pour le moins inattendu pour ce tacticien remarqué pour ses manœuvres réussies au cours de l’invasion de la France. La guerre du désert lui est étrangère et sa réputation de soldat vainqueur est, pour le moment, attachée à sa maestria à la tête de la 7e Panzer, la fameuse Gespender Division (Division Fantôme), tant celle-ci s’avéra prompte à l’esquive et à réapparaître là où on ne l’attendait pas.

Le pied à peine posé sur le sol rocailleux de la Tripolitaine, Rommel s’en va embrasser du regard son théâtre d’opérations à bord d’un bombardier Heinkel 111. Ce qu’il voit alors le persuade de borner à la bourgade de Syrte, le territoire de prétention de son adversaire Wavell, commandant en chef des troupes britanniques.

Les premiers éléments de la 5e Légère allemande sont à l’heure du rendez-vous, les Panther débarquent à Tripoli mais les difficultés matérielles de leur préparation et l’incertitude de leur arrivée régulière par transport maritime en provenance d’Italie, lui promettent un corps de combat paré à fin mai seulement. Cette attente obligée en état de faiblesse technique, néfaste à la réactivité des combattants de l’Axe, incite Rommel à donner au plus tôt le change aux Britanniques sur la réalité de sa puissance offensive. Les observateurs aériens anglais constatent bientôt l’avancée d’éléments de la 5e Légère, de la division blindée italienne Ariete et – ce que les Anglais ne savent pas encore – de faux chars bricolés à s’y tromper sur des châssis de Volkswagen, pour simuler une poussée de masse sur la route côtière en direction de l’Est.

Et tandis que la colonne blindée d’opérette fonce sur de la piste dure, Rommel plus au sud, avec de vrais chars, se dirige vers les regs et la limite des dunes avec l’intention d’amorcer un mouvement d’encerclement. C’est la première fois qu’il se frotte au désert !

Le succès ne tarde pas. Le général O’Connor, commandant l’armée britannique qui vient de se faire amputer par son gouvernement de 6000 hommes pour aller combattre en Grèce, ordonne des retraites rapides abandonnant quantité de matériels intransportables dans la fuite. A Msus les Allemands « ramassent » des centaines de véhicules, de canons et de chars, abandonnés, à peine endommagés. Sa manœuvre de contournement achevée, Rommel s’empare début avril de la bourgade de Michili et fait près de 2000 prisonniers. À Agedabia, il déclare aux siens que désormais le camouflage et les ruses joueront un rôle prégnant dans sa manière de faire des « coups » dans le désert. Le pays des mirages s’y prête bien ! L’immensité de l’espace vide et sablonneux le conforte dans l’idée de toujours se tenir au talon de l’ennemi en soulevant le plus de poussière possible pour l’abuser sur la quantité des forces mécaniques en présence. Le « Renard du Désert » forge sa légende, la poussière et les faux-semblants deviennent un produit de substitution pour des munitions qu’il économise ainsi. (à suivre)

Rommel dans son « command car » adapté au désert
Carte de l’ouest de la Marmarique
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